L'article L4121-3 du Code du travail impose à l'employeur d'évaluer tous les risques pour la santé et la sécurité de ses salariés, sans exception. Ce panorama vous présente les grandes familles de risques professionnels à passer en revue, secteur par secteur, et la méthode pour les transcrire dans votre DUERP.
Toutes les familles de risques doivent figurer au Document Unique
Le DUERP n'est pas une liste à la carte. L'employeur a l'obligation de recenser l'intégralité des dangers présents dans chaque unité de travail, puis d'évaluer le risque qui en découle. Cette obligation découle directement des articles L4121-1 à L4121-3 du Code du travail, qui fondent l'obligation générale de sécurité et la démarche d'évaluation.
Concrètement, un risque oublié n'est pas seulement une non-conformité administrative : c'est une faille de prévention qui peut se transformer en accident, puis en faute inexcusable de l'employeur. Les familles les plus fréquemment omises sont les risques psychosociaux (stress, harcèlement) et les troubles musculosquelettiques — alors qu'ils représentent à eux deux la majorité des atteintes à la santé reconnues en France.
À retenir : les RPS et les TMS sont des risques professionnels à part entière. Leur absence du DUERP constitue une évaluation incomplète au sens de l'article L4121-3.
Quelles sont les grandes familles de risques professionnels ?
On regroupe traditionnellement les risques professionnels en grandes familles, chacune correspondant à un type de danger. Voici le panorama de référence à balayer pour chaque unité de travail.
| Famille de risque | Exemples concrets | Secteurs typiques |
|---|---|---|
| Chutes de plain-pied | Sol glissant, encombrement, câbles au sol | Tous secteurs |
| Chutes de hauteur | Échelles, échafaudages, toitures, escaliers | BTP, logistique, nettoyage |
| Manutention / TMS | Port de charges, gestes répétitifs, postures | Logistique, industrie, soin |
| Risques psychosociaux (RPS) | Stress, charge mentale, harcèlement, burn-out | Tous secteurs |
| Risque chimique / CMR | Produits d'entretien, solvants, poussières, amiante | Industrie, BTP, nettoyage |
| Bruit | Machines, outils, ambiance sonore élevée | Industrie, BTP, événementiel |
| Risque routier | Déplacements professionnels, trajets, livraisons | Commercial, transport, services |
| Risque électrique | Installations, rallonges, travaux sous tension | Tous secteurs, BTP |
| Risque incendie / explosion | Stockage, sources de chaleur, ATEX | Industrie, restauration, garage |
| Risques biologiques | Agents infectieux, contact avec le public | Santé, propreté, agroalimentaire |
| Ambiances thermiques | Chaleur, canicule, froid, intempéries | BTP, agriculture, logistique |
Cette liste n'est pas exhaustive : à chaque métier ses dangers spécifiques. L'enjeu est de ne pas s'arrêter aux risques visibles.
Les risques physiques et mécaniques
Ce sont les plus immédiatement identifiables. Les chutes de plain-pied et de hauteur restent une cause majeure d'accidents graves, notamment dans le BTP et la logistique. Viennent ensuite les risques liés aux machines (coupures, écrasements, happement), aux outils et à la manutention manuelle.
La manutention mérite une attention particulière car elle génère les troubles musculosquelettiques, première cause de maladie professionnelle en France. Port de charges, gestes répétitifs et postures contraignantes doivent être systématiquement évalués.
Les risques chimiques et CMR
Le risque chimique est souvent sous-estimé car il se cache dans des produits du quotidien : produits d'entretien, peintures, colles, solvants, poussières de bois ou de silice. Certaines substances sont classées CMR (Cancérogènes, Mutagènes, Reprotoxiques) et imposent une traçabilité renforcée des expositions.
L'évaluation passe par l'inventaire des produits utilisés, la lecture des fiches de données de sécurité (FDS) et l'estimation de l'exposition réelle des salariés (fréquence, durée, ventilation).
Les risques liés à l'environnement de travail
Cette catégorie regroupe le bruit, les ambiances thermiques (chaleur, froid), les vibrations, l'éclairage insuffisant et la qualité de l'air. Depuis le décret n°2025-482, les risques liés à la chaleur et à la canicule doivent explicitement être intégrés au DUERP, en particulier pour les métiers en extérieur.
Les risques organisationnels et humains
On y trouve les risques psychosociaux (stress, harcèlement, charge mentale), le risque routier lié aux déplacements professionnels — première cause de mortalité au travail — et les risques liés aux horaires atypiques ou au travail isolé. Ces risques sont moins tangibles mais tout aussi obligatoires à évaluer.
Comment évaluer ces risques dans le DUERP ?
L'évaluation suit une logique constante, quelle que soit la famille de risque. La démarche se déroule en quatre temps, à reproduire pour chaque unité de travail.
- Découper l'entreprise en unités de travail — regrouper les postes exposés à des conditions similaires (cuisine, atelier, bureau, livraison…).
- Identifier les dangers — balayer chaque famille de risque ci-dessus pour ne rien oublier.
- Coter chaque risque — évaluer la gravité, la fréquence d'exposition et la maîtrise existante pour hiérarchiser.
- Définir un plan d'actions — pour chaque risque significatif, prévoir une mesure de prévention concrète, un responsable et une échéance.
| Étape | Objectif | Question clé |
|---|---|---|
| Unités de travail | Structurer l'évaluation | Quels groupes de postes homogènes ? |
| Identification | Recenser tous les dangers | Quelle famille pourrais-je oublier ? |
| Cotation | Hiérarchiser les risques | Gravité × fréquence × maîtrise ? |
| Plan d'actions | Prévenir | Quelle mesure, qui, pour quand ? |
La hiérarchie des mesures de prévention
Une fois les risques cotés, les actions doivent respecter l'ordre des 9 principes généraux de prévention : éviter le risque à la source, l'évaluer, le combattre à l'origine, adapter le travail à l'homme, et privilégier les protections collectives avant les protections individuelles. Distribuer des bouchons d'oreilles est une mesure de dernier recours, pas une solution de premier rang.
Bonne pratique : un DUERP utile ne se contente pas de lister les risques. Il les hiérarchise et débouche sur un plan d'actions daté et suivi.
Un panorama à reprendre à chaque mise à jour
Les familles de risques ne sont pas figées dans le temps. Un nouveau matériel, une réorganisation, l'arrivée du télétravail ou une vague de chaleur peuvent faire apparaître des risques absents l'année précédente. C'est pourquoi le DUERP doit être réexaminé au moins une fois par an (pour les entreprises de 11 salariés et plus) et après tout changement significatif.
Pour aller plus loin sur le cadre général, consultez notre guide complet du Document Unique 2026. Pour les deux familles les plus souvent négligées, approfondissez les risques psychosociaux et les troubles musculosquelettiques.
Avec un outil comme DUPrev', ce balayage est guidé : le questionnaire d'évaluation parcourt automatiquement chaque famille de risque, propose la cotation et génère le plan d'actions. Vous ne pouvez plus oublier une famille entière.